Attentat contre Michael Lapsley :

il y a 30 ans…

Message du Père Michael Lapsley 

28 avril 2020

Que vous dire sur cette journée ? Nous savons tous que les anniversaires sont importants, et surtout les anniversaires à chiffres ronds. Hier, nous avons célébré la Journée de la liberté et beaucoup d’entre nous se sont souvenus de ce que nous avions ressenti le 27 avril 1994 en votant pour la première fois. En célébrant cet anniversaire, nous avons porté dans notre cœur toutes les personnes assassinées par le régime de l’apartheid, toutes celles qui ont combattu, qui ont souffert et qui se sont sacrifiées pendant des centaines d’années.

24 heures plus tard, nous sommes le 30e anniversaire de l’attentat que j’ai subi. Ce jour fatidique de 1990, j’ai ouvert une enveloppe dans laquelle se trouvaient deux revues religieuses. En explosant, la bombe m’a arraché les mains et détruit un œil. En un instant, ma vie a basculé pour toujours.

La nuit avant sa crucifixion, Jésus a célébré une fête avec ses amis. Quelques heures seulement avant d’ouvrir le colis piégé, j’accueillais mes amis à une fête d’adieux alors que je me préparais à quitter Harare pour prendre mes nouvelles fonctions de curé à Bulawayo.

Lors de ma crucifixion, j’ai fait l’expérience, non pas de la désolation qu’avait ressentie Jésus sur la croix, mais de la présence de Dieu à mes côtés. Je savais aussi que Marie, qui avait assisté à la crucifixion de son fils, comprenait ce que j’endurais.

Aujourd’hui, je pense et prie pour Andrew Mutizwa, qui était dans la pièce lorsque la bombe a explosé et qui est allé chercher de l’aide, pour Hugh McCullum et Rebecca Garrett, qui m’ont conduit à l’hôpital, pour Parirenyattwa et Phylliss Naidoo, qui m’ont accompagné et ont prié avec moi alors que nous attendions l’arrivée du chirurgien, le Dr Glenn Gordon, de l’Oregon, qui a sauvé ce qu’il pouvait de mes membres brisés.

Je me souviens avec gratitude de mes sœurs Helen et Irene et de mon frère Charles Hamilton, qui sont venus de très loin jusqu’à mon lit d’hôpital à Harare … et du père David Wells SSM, qui m’a accompagné à l’hôpital en Australie.

Mais comme beaucoup d’entre vous le savent, ce sont les prières et l’amour de personnes de croyances et de convictions diverses à travers le monde qui ont servi d’instruments à Dieu pour me permettre de donner à mon attentat une dimension rédemptrice, de faire surgir la vie de la mort et le bien du mal.

Je prie pour ceux qui ont envoyé le colis, pour celui qui a écrit mon nom sur l’enveloppe, pour celui qui a fabriqué la bombe, et pour ceux qui ont fait partie de la chaîne de commandement, y compris De Klerk lui-même, qui jusqu’à il y a quelques semaines, ne savait pas que l’apartheid était un crime contre l’humanité. Je prie pour vous tous.

Père, pardonne-leur car ils savaient ce qu’ils faisaient ! Oui, ils savaient qu’ils tentaient de tuer un prêtre. Mais attendez … Peut-être ne savaient-ils pas … que l’un des fruits positifs de leur acte cruel serait un Institut pour la guérison des souvenirs, certes minuscule mais d’une portée mondiale, et une autobiographie traduite, à ce jour, en 12 langues et 14 éditions.

Quelques jours après l’attentat, l’ambassadeur de Cuba est venu à l’hôpital pour m’offrir des soins médicaux gratuits dans son pays.

Quelle belle coïncidence qu’en ce 30e anniversaire, je sois interviewé à la télévision et à la radio sur ce que représentent les 217 professionnels de la santé arrivés ces derniers jours en Afrique du Sud pour nous aider à combattre le Covid-19. Un exemple de la solidarité internationale en action.

Hier soir, j’écoutais des facilitateurs de guérison des mémoires au Luxembourg parler des défis que pose le travail de guérison émotionnelle, psychologique et spirituelle en cette période du coronavirus.

Cet après-midi, je serai, de manière virtuelle, en compagnie de mes collègues de l’équipe “guérison des mémoires” ici au Cap pour perfectionner nos compétences et ouvrir nos cœurs afin de répondre au défi du Covid-19 aussi longtemps qu’il le faudra.

Ce soir, par le biais de l’application Zoom, je co-animerai un rassemblement de personnes se trouvant dans différents coins des États-Unis pour échanger sur leurs expériences de la pandémie, y compris les anciennes blessures qu’elle peut éveiller en eux, et sur leurs manières de gérer ces difficultés, ainsi que pour célébrer les aspects positifs de ce que nous vivons en ce moment.

Après 30 ans, je peux toujours dire que je pleure la perte de mes mains, mais en même temps que j’ai gagné immensément grâce au chemin que j’ai parcouru.

Merci à chacun de vous qui m’avez accompagné sur ce chemin.

Merci pour le privilège de pouvoir être votre compagnon de route.

Mon cœur est rempli d’amour et de reconnaissance.

Que Dieu nous bénisse tous. Amen.

 

Père Michael Lapsley SSM

Institute for Healing of Memories
Fondateur: Father Michael Lapsley SSM
Site Web www.healing-memories.org

 

What shall I say about today? We all know that anniversaries are important and especially the big “0”s. Yesterday we celebrated Freedom Day and many of us recalled how we felt on April 27 1994 when we voted for the first time. As we celebrated we carried in our hearts all those murdered by the apartheid regime and every one who had fought and suffered and sacrificed for hundreds of years.

24 hours later it is the 30th Anniversary of my bombing. It was on this fateful day in 1990 when I opened an envelope with two religious magazines and it exploded blowing off my hands and destroying an eye. In an instant my life changed for ever.

The night before his crucifixion, Jesus had a party with his friends. Just a few hours before I opened the bomb I had a farewell party with my friends as I prepared to leave Harare and start a new job as a parish priest in Bulawayo.

Unlike the desolation of Jesus on the Cross, during my crucifixion, I felt God’s presence with me. I also felt that Mary who watched her son being crucified, understood what I was going through.

Today I think about and pray for Andrew Mutizwa who was in the room when the bomb went off and went for help and Hugh McCullum and Rebecca Garrett who drove me to Parirenyattwa Hospital and Phylliss Naidoo who accompanied me and prayed with me as we awaited the arrival of the surgeon, Dr Glen Gordon from Oregon who saved what he could of my shattered limbs.

I remember with gratitude, my sisters, Helen and Irene and brother Charles Hamilton who came across the world to my hospital bed in Harare….and Father David Wells SSM who accompanied me to hospital in Australia.

But as many of you know, it was the prayers and love of people of many different faiths and beliefs across the world who were God’s instruments to help me to make my bombing redemptive, to bring life out of death, good out of evil.

Those who sent the bomb, the one who wrote my name on the envelope, the one who made it and the chain of command up to and including De Klerk, who until a few weeks ago, did not know that apartheid was a crime against humanity, I pray for you all.

Father Forgive them for they did know what they were doing. Yes they did know they were trying to kill a priest….But hold on a second, maybe they didnt know….that part of the sweet fruit of their cruel deed would be an Institute for Healing of Memories which though tiny has a global reach and a memoir with 14 editions in twelve languages and counting.

A few days after the bombing, the Cuban Ambassador came to the hospital to offer me free medical treatment in Cuba.

How appropriate that on this 30th anniversary, I was interviewed on TV and radio on the significance of the 217 medical professional arriving in South Africa to help us fight Covid 19. International solidarity in action.

Last night I was listening to healing of memories facilitators in Luxembourg speaking about the challenges for emotional, psychological and spiritual healing in the era of the corona virus.

This afternoon, virtually, I will be with my Healing of Memories colleagues here in Cape Town as we hone our skills and open our hearts to respond to Covid 19 for as long as it takes.

This evening Via Zoom I will co-facilitate a gathering with people across the United States to talk about their experiences of the pandemic including how it touches old wound, share coping mechanisms and celebrate the silver linings.

30 years later, I can still say, I am still grieving for the hands I have lost AND I have gained immesurably through the journey I have travelled.

Thank you to each of you who have acompanied me on the journey.

Thank you for the privilege of being your companions on the way.

My heart is full of love and gratitude.

May God bless us all. Amen.

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