Vendredi Saint 2020

Homélie du Père Michael Lapsley et méditation de notre ACAT

SERVICE DU VENDREDI SAINT

Chaque année depuis 1985, le Conseil des Églises “Diakonia” organise un service et un chemin de croix auxquels assistent des milliers de personnes. Le thème du service de 2020 est “La quête d’une vie dans la dignité”. Le prédicateur est le père Michael Lapsley SSM, fondateur de l’Institut pour la guérison des mémoires.  En raison du confinement actuel, le message du père Lapsley est diffusé par YouTube. Vous en trouverez le texte ci-dessous:

La quête d’une vie dans la dignité : La peur et la foi

Homélie du Vendredi Saint 2020 pour le Conseil des Églises “Diakonia” à Durban, Afrique du Sud

Père Michael Lapsley SSM, Fondateur de l’Institute for Healing of Memories

Mes chères soeurs, mes chers frères,

Est-ce que je vais mourir à cause du Covid-19?  Comment ferai-je si quelqu’un proche de moi attrape le virus et ne s’en remet pas ? Comment feront mes proches si je tombe malade et ne survis pas. Voilà mes peurs les plus profondes.

En raison de mon âge et de mon état de santé, je fais partie, comme plusieurs millions de Sud-Africains, de l’une des catégories vulnérables.

Covid 19 nous confronte tous, en tant que membres de la famille humaine, à notre mortalité et à notre fragilité.

Et vous?  Quelles sont vos peurs les plus profondes?

En même temps, la foi est depuis toujours un élément important de ma vie. J’ai cherché à être un disciple de Jésus depuis ma tendre enfance. Ma peur et ma foi font toutes deux partie de ma personne. L’une n’exclut pas l’autre.

Et vous? Qu’en est-il pour vous?

Ce Vendredi saint 2020 ne ressemble à aucun autre vendredi saint. Cette année 2020, il nous est clairement révélé que ce que nous évoquons le Vendredi saint n’est pas seulement l’histoire de Jésus ; c’est notre histoire à nous.

Chaque année depuis 1985, des chrétiens de différentes Églises de Durban, en Afrique du Sud, se rassemblent avant l’aube pour chanter et prier.  Ensuite, ils portent une croix à travers la ville jusqu’à la prison centrale de Durban. En 1985, le régime de l’apartheid a déclaré l’état d’urgence, et de nombreux responsables des différentes communautés ont été détenus sans jugement.

Le Conseil des Eglises “Diakonia” a organisé cet acte de solidarité qui a contribué à redonner espoir aux détenus et à leurs familles. Les détenus venaient de traditions religieuses différentes et avaient des convictions très diverses. Ce qui les unissait, c’était leur opposition à l’apartheid et leur engagement en faveur d’une vie digne pour tous les Sud-Africains.

En prenant la tête d’une procession du Chemin de Croix du Vendredi saint menant à la prison centrale de Durban en 1985, les Églises indiquaient le lien entre la souffrance, l’humiliation, la crucifixion et la mort de Jésus et l’expérience de la plupart des Sud-Africains sous le régime de l’apartheid.

En se rendant à la prison, ils répondaient également aux paroles de Jésus: “J’étais en prison et tu ne m’as pas rendu visite, j’avais faim et tu ne m’as pas nourri, j’étais nu et tu ne m’as pas vêtu … Ils lui demandèrent : quand est-ce que nous t’avons vu affamé et ne t’avons pas nourri, quand est-ce que nous t’avons vu nu et ne t’avons pas vêtu, et quand est-ce que nous t’avons vu en prison et ne t’avons pas rendu visite ? Et comme nous le lisons dans Matthieu 25:40, le Seigneur répondait :
« Je vous le dis,, lorsque vous l’avez fait à l’un des plus petits de ces membres de ma famille, vous me l’avez fait à moi”.

Depuis 1985, ce service et cette procession du Chemin de Croix attirent chaque année des milliers de personnes.

Je soupçonne que, même inconsciemment, beaucoup de gens ont vu dans la Passion non seulement l’histoire de Jésus mais un miroir de leur propre douleur, de leur propre souffrance, et la désir d’une vie dans la dignité.

Tout au long de l’histoire, les opprimés ont su dans leur cœur que tous les êtres humains ont droit à une vie digne.

Et, après des siècles de lutte, la démocratie est enfin arrivée en Afrique du Sud en 1994. Il était temps de passer du Vendredi saint au Jour de Pâques. La lutte pour une vie vécue dans la dignité commençait à donner des fruits.

Lorsque nous avons pu voter en avril 1994, c’était la première fois en plus de 300 ans que nous agissions ensemble en tant que Sud-Africains. Nous sommes allés aux urnes la tête haute. Enfin, chacun de nous était un citoyen de première classe dans notre pays natal.

C’était enfin le jour de Pâques. Mais était-ce vraiment le cas? Pour de nombreuses communautés du KuaZulu Natal (KZN) la violence politique a continué pendant des années après cette aube de la démocratie. Du jour au lendemain, les bourreaux qui crucifiaient et les crucifiés ont vu leurs rôles inversés. C’était encore le Vendredi saint au KwaZulu Natal.

En raison de la violence politique persistante au KZN, l’Institut pour la guérison des mémoires a décidé d’ouvrir une antenne à Durban. Nous avons rapidement constaté que les communautés qui avaient subi la plus grande violence politique avaient également les taux les plus élevés d’infection VIH du pays.

Nous avons commencé à parler de personnes “souffrant de blessures multiples” et de traumatismes intergénérationnels issus des chapitres sombres de notre histoire.

Même si la violence politique diminuait, la violence sexuelle et la violence contre les enfants et contre les minorités sexuelles augmentaient.

Le rêve de 1994 était de créer une société de plus en plus juste et égale dans laquelle tous, nous vivrions dans la dignité.

La corruption généralisée, la cupidité, le chômage, la pauvreté et les inégalités ont empêché des millions de Sud-Africains de mener une vie digne.

Il faut aussi dire qu’il existe de nombreux “guérisseurs blessés” dans les villes et villages du KZN, dans l’ensemble de l’Afrique du Sud et à travers le monde … des gens qui, avec l’aide de Dieu, ont pu se guérir eux-mêmes, sur les plans émotionnel, psychologique et spirituel. Ces “guérisseurs blessés” sont les gens du jour de Pâques, qui plantent les graines d’une humanité nouvelle.

En tant qu’Institut, nous pensons que chaque personne a une histoire à raconter et que chaque histoire mérite d’être entendue.

Dans l’histoire de Pâques, la victime du Vendredi saint devient victorieuse le jour de Pâques.

Lorsque les victimes ne guérissent pas, elles deviennent des agresseurs, et les blessures sont transmises d’une génération à l’autre.

Aujourd’hui, nous sommes confrontés au Covid 19 et nous ne savons pas combien de temps durera le Vendredi saint.

A Durban, nous avons été témoins de belles histoires : les communautés de différentes confessions et religions se sont organisées pour fournir de la nourriture et un abri aux sans-abri pendant l’isolement. Je suis sûr que deux de nos saints, l’archevêque Dennis Hurley et Paddy Kearney, ont souri tous les deux au paradis en voyant ces actes de compassion, avec le centre Dennis Hurley au premier plan.

Ce qui est tragique, par contre, c’est que la municipalité d’eThekwini, démocratiquement élue, a choisi cette période de confinement pour prendre le parti des bourreaux en démolissant des cabanes de bidonvilles et en nuisant ainsi à la réputation de notre pays entier. Plus grave encore, la municipalité retarde d’autant plus la reconnaissance du droit à la dignité des habitants des cabanes.

Peu de temps après la première procession du Chemin de Croix en 1985, je vivais en exil au Zimbabwe.  Je me suis retrouvé sur une liste des personnes à abattre du gouvernement sud-africain. Parfois, je me réveillais dans la nuit, craignant qu’un bruit à l’extérieur ne soit l’arrivée d’un escadron de la mort. Ma prière pour moi-même à cette époque était que je ne sois pas contrôlé par ma peur mais par mes convictions les plus profondes.

Ayant reçu une lettre piégée en avril 1990, qui m’a privé de mes deux mains, je pense pouvoir dire que j’ai une petite idée de ce qu’est la crucifixion.

J’ai ressenti la présence de Dieu après de  moi. J’ai senti que Marie, qui avait vu son fils être crucifié, comprenait ce que je vivais.

Un bon traitement médical m’a aidé à survivre physiquement. La prière, l’amour et le soutien des personnes croyantes et des personnes de bonne volonté à travers le monde m’ont aidé à guérir émotionnellement, psychologiquement et spirituellement. Cela est vrai pour nous aussi.

Il y a quelques jours, un ami âgé m’a demandé si le Covid 19 était la volonté de Dieu. J’ai dit que je ne savais pas.

Mais j’ai ajouté :  « ce que je sais, c’est que, quoi qu’il arrive, nous pouvons, avec l’aide de Dieu, choisir d’agir avec bonté, amour et générosité.

Lorsque les médecins internationalistes cubains sont arrivés en Italie il y a quelques jours, l’un des journalistes a demandé au chef de la délégation, “n’avez-vous pas peur ?” Le médecin a répondu: “Bien sûr, nous avons peur. Nous ne sommes pas des super héros. C’est notre devoir révolutionnaire envers l’humanité.”

J’ai invité mes 5000 amis sur Facebook à m’aider à écrire cette homélie.

Le professeur Brian Williams a écrit :
“L’une de mes plus grandes préoccupations est la peur de l’incertitude que les personnes les plus démunies  et de la classe ouvrière connaîtront.
Ceux qui appartiennent à la classe moyenne craignent également que leur vie ne soit menacée de manière irréversible par la crise.
Personne n’échappe aux angoisses qui accompagnent cette force de la nature qui balaie actuellement le monde.
Mais c’est dans cette contradiction que réside le message profond de Jésus.
Une solidarité humaine authentique est la seule solution.
Ceux qui nous sauvent sont les humbles travailleurs, le personnel de nettoyage qui doit combattre le virus avec des produits désinfectants ; le personnel médical qui doit être en première ligne et réconforter les mourants qui décèdent sans la présence de leur famille.
Ce qui frappe dans l’histoire du dimanche des Rameaux c’est que Jésus est entré à Jérusalem non pas sur un char de combat, ni sur un super étalon, mais sur un âne.
Le roi est arrivé sur un âne.
Le membre le plus modeste de la famille des chevaux a reçu le plus grand honneur : celui de porter le roi vers l’ultime victoire en tant que sauveur du monde.
Le virus mortel auquel nous sommes confrontés nous a rappelé que le travailleur le plus humble est le plus grand d’entre nous.”

Depuis deux mille ans, les chrétiens récitent et chantent le chant de Marie.  Aujourd’hui, si nous ouvrons les yeux, nous pouvons reconnaître la vérité de ce verset :

“Il a dispersé ceux qui avaient dans le cœur des pensées orgueilleuses. Il a fait tomber les puissants de leurs trônes, et a élevé les humbles.” Luc 1: 51-52

J’éprouve aussi une grande joie à voir que notre propre industrie des armements en difficulté s’est  tournée vers la fabrication de respirateurs.

Comment utiliserons-nous cette période de confinement, qui touche déjà la moitié de la famille humaine?

Aux États-Unis, Lori Rubenstein, l’un de nos facilitateurs de guérison des mémoires, qui se remet du virus, m’a écrit ceci :

“L’un des aspects réconfortants de ce temps et de cet espace que nous vivons est bien résumé par l’expression “rester à l’intérieur pour aller vers l’intérieur”, qui me fait poser la question, “ai-je vécu ce temps tel que j’en serais fier à la fin de ma vie ?” Et, si non, que dois-je changer pour être satisfait de moi-même ? Que signifie vivre une vie intègre et cohérente pour toi, pour moi ? Apprendre à se connaître.”

Je pense que nous avons raison d’avoir peur d’un virus qui peut provoquer tant de souffrance.

Mais il est également très clair pour nous tous que notre Terre-Mère souffre et qu’elle crie sa douleur.

Un nouveau monde est possible.

Oui, nous avons tous nos peurs, mais nous ne devons pas être prisonniers de nos peurs.

Je crois que nous sommes tous invités à participer au rêve de Dieu pour nous et pour l’ensemble de la création.

En ce moment de détresse, je prie pour vous et pour moi-même afin que nous trouvions la sagesse et le courage pour faire les bons choix.

Écoutons Dieu et écoutons-nous les uns les autres, non seulement avec nos oreilles mais avec un cœur compatissant, et partageons entre nous nos craintes et nos fragilités.

Avec tant d’autres personnes guidées par leur foi pendant 3000 ans, nous crions :

“Oui, même si je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains aucun mal car tu es avec moi ; ta houlette et ton bâton me rassurent.” (Psaume 22/23)

 

Institute for Healing of Memories
Fondateur: Father Michael Lapsley SSM

5 Eastry Rd
Claremont 7708
Cape Town
Afrique du Sud
tel +27 21 6836231
portable +27 82416 2766
+1 3475856006 (États-Unis)
Site Web www.healing-memories.org

Homélie du Vendredi Saint 2020 pour le Conseil des Églises “Diakonia” à Durban, Afrique du Sud, prononcée par le Père Michael Lapsley SSM et diffusée sur YouTube en raison des mesures de confinement dues au CoVid-19.

Méditation de l’ACAT Luxembourg pour le Vendredi Saint 2020

Cette représentation de l’Homme de douleur qui se trouve dans l’église Saint-Jean du Grund à Luxembourg est certainement familière à beaucoup d’entre vous, et se superpose à d’innombrables autres représentations de Jésus martyr, souffrant, qui dans l’iconographie chrétienne nous accompagnent tout naturellement dès l’enfance.

Jusqu’au IIIe siècle, le christianisme primitif était dominé par des symboles tels que le poisson et le monogramme du Christ. Les premiers chrétiens ont été moqués de l’étrange religion dont le « chef » est mort agonisant sur la croix. Cette moquerie est conservée par un gribouillage d’un soldat romain montrant un âne crucifié avec le sous-titre « Alexamos vénère un dieu ».

Il est évident que les chrétiens ont eu des difficultés à accepter la croix, instrument de torture, comme symbole. Ce n’est qu’à l’époque gothique qu’un changement d’interprétation a eu lieu avec la représentation qui s’éloigne du Christ triomphant de l’époque romane pour se rapprocher de l’Homme de douleur souffrant qui est réellement suspendu sur la croix. En même temps, une porte s’est ouverte pour une spiritualité de la compassion, de la pitié, comme dans l’autel d’Isenheim, où le spectateur, qui est prêt à s’engager, est confronté à cette croix.

Une telle contemplation de l’événement de la crucifixion reconnaît dans la souffrance de Jésus la proximité fiable de Dieu avec la conditio humanae, avec chaque être humain qui souffre.

Et : Une telle contemplation reconnaît en chaque personne martyre l’image du Jésus martyr.

De retour d’un voyage interreligieux très intense en Israël, les pensées suivantes me viennent à l’esprit :

Jésus est né dans un environnement géographique et historique qui était déjà alors extrêmement déchiré. Sa vie et son message voulaient guérir cet état de perturbation. Et la violence destructrice n’a pas reculé devant Jésus.

Une deuxième réflexion : lorsque nous nous confrontons à la désunion du monde, telle qu’elle se manifeste chez les victimes de la torture et de la violence, lorsque nous vivons la compassion et que nous ne restons pas spectateurs, mais que nous nous engageons envers les victimes de la violence, alors nous suivons les traces de Jésus, alors nous suivons sur ses traces le chemin de l’Incarnation, de l’humanisation croissante.

Violette Khoury aura le dernier mot. Violette est une Chrétienne Melekite palestinienne que nous avons rencontrée à Nazareth. Elle nous a parlé de sa vie longue et souvent difficile dans laquelle, comme tous les Palestiniens, elle a connu de nombreuses répressions. Tout au long de sa vie, elle a œuvré pour un plus grand œcuménisme de toutes les personnes de bonne volonté et a créé des lieux véritablement spirituels où les gens peuvent se rencontrer dans une action commune au-delà de toutes les barrières. Lorsqu’on lui demande où elle puise la force pour son travail, elle répond, visiblement émue : « Si ce n’était de la croyance en la résurrection. »

Christina Fabian, présidente de l’ACAT Luxembourg

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